Sandra Chérès
Sandra Chérès

Si le cinéma est son univers de prédilection, c’est parce que c’est à Cannes, où ses parents se sont installés que Sandra Chérès a passé son enfance bohême. Baignant dans un milieu artistique, elle découvre le septième art à travers les nombreux amis qui défilent à la maison, ainsi que son oncle, chorégraphe réputé et fondu de comédies musicales. Mais c’est sous les feux des projecteurs soudain braqués sur sa sœur Valérie Kaprisky, que la jeune Sandra approche ce monde au plus près. Aux paillettes de la Croisette, l’adolescente préfère le glamour des icones vintage, à la montée des marches, les projections anonymes dans les salles obscures.

Sandra Chérès se réclame aussi de cette Côte d’Azur de Picasso, César, Ben ou de la Fondation Maeght. Ses doigts la démangent, ses velléités d’indépendance, aussi. A 15 ans, elle rejoint Paris, seule. Elle intègre une école de publicité et d’histoire de l’art, puis s’essaye à plusieurs métiers de l’image : autant de rencontres qui portent en germe sa future démarche d’artiste.

Initiée au montage de films publicitaires, Sandra Chérès monte depuis ses tableaux comme des plans-séquences d’un film. Ses expériences comme assistante de casting director, photographe de plateau, journaliste à Canal Plus lui enseigne la force du témoignage. Les histoires qu’elle raconte depuis dans ses œuvres sont le reflet de sa vie. Sa matière première ? Des photos piochées dans les magazines de sa jeunesse.

Ces clichés en noir et blanc, qui montrent l’envers du décor, parlent d’une époque révolue qu’elle aurait aimé vivre. Sandra Chérès les déchire, les arrache et les recolle avec des affiches de rues, des mots et des phrases offrant à ces femmes et ces hommes une seconde vie. Il y est toujours question d’amour, mais aussi d’humour. Adepte du détournement, elle pixelise les images avec du bas résille, les enferme sous plexiglas, les ligote avec de la ficelle, les cadenasse dans du grillage.

Son maître-mot ? La récupération, que ce soit celle des journaux et des matériaux ou celle de ses souvenirs. Une façon aussi, de se rapprocher de l’art de la rue, un art généreux car accessible à tous.

Sandra Chérès

Sandra Chérès

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Sandra Chérès

Sandra Chérès est de ces artistes qui n’ont pas peur de parler de leurs œuvres, et de se raconter.

Sandra Chérès

Elle parle avec simplicité de sa relation au papier, de cette passion pour un matériau qui la fascine depuis toujours et la pousse à créer depuis l’adolescence. Ce matériau, elle le conçoit comme une façon de se retrouver soi-même. Ce sont d’abord les mots écrits qui font écho à l’identité, mais aussi l’origine même du matériau, venant de l’arbre qui plonge ses racines dans la terre. Et c’est d’enracinement dont il est évidemment question dans l’œuvre de Sandra.

Dans la droite lignée des Nouveaux Réalistes, Sandra Chérès déchire des affiches dans la rue, ou découpe des magazines, et les remanie à sa guise. A la base de cette idée ? Le besoin de « gratter pour aller voir derrière, comme avec les gens» dit-elle. Sandra, monteuse cinématographique de formation, aime raconter des histoires et monter des collages « comme on monte des plans-séquence de films ». Elle donne un cadre à ses histoires, faites de divers éléments chaotiques, afin de les structurer.

Le cinéma est important pour l’artiste. Il a marqué ses jeunes années. Sur la toile, elle positionne visages, mots, stars de cinéma, tout droits sortis des Paris-Match des années 60-70 qu’elle collectionne. Toutefois, dans le côté pop de ses œuvres, Sandra ne recherche pas tant les icônes et les paillettes que des figures fortes et des expressions marquantes.

Ses tableaux, elle les façonne avec amour et humour, deux sentiments dont elle confie qu’elle ne peut vivre sans. Elle les protège ensuite, tour à tour sous des grillages ou des résilles, matériau féminin s’il en est, si fin et pourtant si résistant.

L’artiste raconte que par la récupération, elle recycle, donne une seconde vie aux objets, aux hommes et femmes qui peuplent ses œuvres. En plaçant des mots nouveaux dans leur bouche, elle énonce et crée d’autres possibilités. A travers ses tableaux, les souvenirs font irruption en nous et résonnent, comme autant de témoignages arrachés au palimpseste des panneaux publicitaires ou des compilations de souvenirs des tabloïds. Le papier y apporte la matière et le sujet ; le geste créatif, la poésie.

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